Lors du lancement de l'Université d'entreprise d'Unilog, SSII de 5 000 personnes, Jean-Loïc Sorel, chef de projet de la création de cette Université, s'est appuyé sur les groupes d'échange de pratiques. L’un des principes fondateurs de cette université a été la valorisation de l’enrichissement des compétences par le partage d’expériences.
FMK : Pour Unilog, que représente un groupe d’échanges de pratiques ?JLS: Ce type de groupe n’est pas libellé sous le nom de GEdP. Nous utilisons l’échange de pratiques pour deux finalités dans des cadres différents.
La première est l’enrichissement individuel des compétences, dans le cadre de l’Université Unilog.
La seconde est la formalisation des meilleures pratiques de l’entreprise pour l’évolution permanente de notre Système Qualité.
En effet, il y a identité chez Unilog entre Système Qualité et référentiel des best practices.
Dans le premier cas, nous constituons des groupes métiers et/ou des groupes de personnes vivant sur le terrain des situations et événements identiques. Nous organisons, par exemple, des groupes pour des chefs de projet, pour des managers RH juniors ou pour des assistantes de direction.
L’objectif est triple :
- Les aider à prendre du recul – expliciter leur pratique génère du recul sur le 'faire' que chacun exprime,
- S’enrichir des pratiques des 'pairs ' - repérer des réponses 'différentes' à des événements identiques à ceux qu’ils vivent,
- Se fixer des objectifs de changement personnel.
Dans le second cas, nous réunissons des managers identifiés pour leurs bonnes pratiques dans la fonction que nous voulons améliorer.
Il faut qu’ils soient à la fois des praticiens de la fonction et des 'décideurs'.
Nous avons un principe de précaution qui consiste à dire qu’il n’y a pas 'la' bonne pratique', mais plusieurs bonnes pratiques en fonction des contextes.
FMK : Qu’est-ce qui a suscité la mise en place de ces deux démarches ?JLS: C’est une réponse à l’évolution de nos métiers et à la carence des dispositifs traditionnels de formation pour des personnes expérimentées sur un domaine.
Cette démarche a été mise en place en 1997 localement par les opérationnels. Elle reste pilotée et animée par les opérationnels.
Nous avons constaté que, d’une manière informelle, autour d’une tasse de café, d’un repas, il y avait des échanges enrichissants sur nos pratiques.
Ensuite, nous avons vérifié que le partage ' structuré ' des pratiques était porteur d’enrichissement des compétences.
En ce qui concerne les “best practices”, dans notre entreprise composée d’entités autonomes, tout dispositif de normalisation des pratiques n’est crédible et accepté que s’il vient de praticiens et non de professionnels de la qualité.
FMK : Quelles qualités sont requises pour animer ce type de groupe de partages et qu’est-ce qui a été facile et plus difficile à gérer ?JLS: Il faut aimer animer des groupes et avoir envie de partager ses expériences bonnes et mauvaises.
Le plus facile, c’était de trouver des personnes motivées et volontaires, apportant du matériau d’échanges.
Le plus difficile, au départ, fut de concevoir intuitivement la démarche. Là encore, nous avons expérimenté et appris de nos expériences pour améliorer l’efficacité de nos groupes.
FMK : Comment transférez-vous ces bonnes pratiques ?JLS: Nous formalisons des documents et surtout, nous créons des mini-séminaires thématiques animés par des opérationnels.
FMK : Avec le recul, qu’en pensez-vous ?
JLS: Dans un système décentralisé, ces démarches contribuent à ce que des personnes appartenant à des unités autonomes aient les mêmes pratiques, le même geste. De plus, c’est économique en termes de dispositif pédagogique. Il n’y a pas de conception à réaliser et cela est animé en interne.
FMK : Comment votre Université d’entreprise va valoriser cette approche ?
JLS: D’une part, les groupes mis en place sur le terrain par les opérationnels restent à leur initiative.
En revanche, dans les dispositifs pédagogiques de l’Université, nous avons institutionnalisé des temps d’échanges de pratiques quelques semaines après certains stages classiques.
Nous avons également opté, pour l’ensemble de nos formations, pour une ingénierie pédagogique valorisant l’expérience, la réflexion sur l’action, la prise de recul, l’expérimentation et l’engagement d’actions de changement.
FMK : Quels conseils pourriez-vous partager avec des entreprises qui veulent développer ce type démarche ?JLS: Je recommanderais de:
- Ne pas se tromper sur la composition des groupes. Il faut des personnes volontaires, vivant des situations et évènements similaires.
- Trouver des animateurs pertinents et non des formateurs. Ceux-ci doivent apporter de la valeur ajoutée au groupe et ne pas se contenter de la reformulation/synthèse des apports du groupe.
- Avoir un dispositif de mise à l’action personnelle après le temps de travail en groupe sinon l’échange peut rester un 'café de commerce'.