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feuille Licencier un délégué syndical à la SANEF
clip_image0002Par Christian Durand

L'instrumentalisation du Droit

Licencier un délégué syndical pour "harcèlement" contre la hiérarchie est une première. Comme écrit Alexis Pinot :" La décision de justice qui ne manquera pas de suivre ce licenciement (…) sera particulièrement intéressante si elle parvient à établir des éléments concrets pour trancher entre sur-activisme syndical et harcèlement." (lire l'article) 

En attaquant en justice pour "harcèlement", la SANEF expose publiquement sa vision du monde. Il semble que la franchise et la transparence soient à la mode depuis quelques mois dans notre pays. Néanmoins, en matière de communication, l'absence de dire peut parfois être plus efficace que le dire. Mais SANEF crie sa souffrance, et demande au pouvoir judiciaire de la prendre en compte ("harcèlement"). Ce faisant, elle donne aussi à SUD l'occasion d'exprimer la sienne.

 

Ce cas emblématique illustre des comportements sociaux qui commencent à se faire jour à la fin des années 60. Une aspiration féroce à la liberté d'expression, à la libération des émotions, à la publication forcenée des convictions, au positionnement de victime qui permet de demander au tribunal un droit à réparation, etc.

 La psychologie envahit le monde


C'est sans doute très bien de parler librement et d'exprimer ses fondements et sa souffrance. Il est salutaire de libérer ses pulsions et ses douleurs, tous les psychologues semblent nous y encourager. Cependant, d'un point de vue social, cela engendre immanquablement des tensions, voire des conflits. Pour ceux que les conflits ne gênent pas, la libre expression est donc un bon moyen de régler ses comptes. Ce comportement n'est certes pas très policé, mais il faut reconnaître que le monde de l'entreprise est parfois brutal.

 

Ce cas particulier n’est donc qu'un exemple des relations sociales telles qu'elles se vivent au quotidien dans les entreprises françaises. L'activisme syndical de SUD est très clairement assumé par la lettre ouverte de Monsieur CAMPANATO. (lire la lettre) Selon lui : "Cette attitude s’explique sans doute par le fait qu’un paysage syndical souvent sclérosé existe au sein de ladite entreprise depuis des années, les « usages » et autres « rapports courtois » ont souvent laminé toute forme de lutte ; ainsi, l’émergence d’un « nouveau syndicat », à savoir SUD, change la donne et résonne déjà comme un avertissement : il va falloir reconsidérer ses rapports avec les partenaires sociaux."



Le monde à l'envers

Que Sud défende ce genre de conception dans un esprit de lutte ouvrière matinée d'idéologie en vogue depuis 1968, cela n'a rien de choquant, c'est dans l'ordre des choses. SUD est en lutte, SUD conçoit la relation sociale comme une forme de guerre et emploie donc les stratégies qui s'y rattachent. Ceci est parfaitement conforme à sa philosophie et à sa vision du monde, c'est très cohérent et, en l'occurrence, redoutablement efficace.


La direction de SANEF qui avait mis en doute la représentativité de ce syndicat en raison de sa faible activité dans l’entreprise doit être maintenant rassurée sur le potentiel tactique des Délégués du Personnel. L'humour de la situation aurait dû éveiller l'esprit de la direction et l'encourager à une évolution stratégique. Pourtant, bien au contraire, ignorant superbement tous les conseils des stratèges, elle s'engouffre passionnément dans le piège qu'elle a elle-même contribué à tisser. Cela risque donc d'être sanglant et comme toute guerre, dommageable à tous les participants.

 

Demain, ne faudra-t-il pas revivre ensemble ?


En règle générale, l'histoire nous apprend que la discrétion et la constance font toujours plus que force et que rage. La fable vaut autant pour SUD que pour la direction de l'entreprise. Espérons que le droit restera à sa place et fera entendre une fois encore sa position équilibrée et neutre.

 

La froide justice étant passée, il faudra bien parlementer et dépassionner les relations. Et si tout le monde s'y préparait ? L'attitude triomphante et faussement pédagogique de SUD est de bonne guerre mais elle met de l'huile sur le feu. Le refus de communiquer de la direction est perçu comme un aveu de faiblesse et attise la fougue de l'adversaire. C'est au plus fort de tendre la main et de faire une proposition d'armistice.

Christian Durand
Organon Consulting
Mis en ligne le 15/02/08

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